Quelle approche pour évaluer la biocompatibilité des DM ?

10 novembre 2017

La norme ISO 10993-1 liste les tests possibles pour l’évaluation de la biocompatibilité des DM, qui fait partie des exigences du marquage CE. Le laboratoire Phycher nous explique comment sont déterminés les tests à effectuer, en détaillant les trois principaux, requis a minima.

CRO accréditée BPL, Phycher BioDéveloppement propose l’intégralité des études de biocompatibilité selon l’ISO 10993-1.

L’ISO 10993-1 définit les principes généraux sur lesquels repose l’évaluation biologique des DM selon un processus de gestion des risques :

  • la classification générale des DM, fondée sur la nature et la durée de leur contact avec le corps,
  • l’évaluation de toutes les  données existantes,
  • l’identification de lacunes dans les données disponibles sur la base d’une analyse de risque,
  • l’identification de données supplémentaires pour l’analyse de la sécurité biologique du DM,
  • l’évaluation de la biocompatibilité du DM.

Cette norme datant de 2009 est en cours de révision. Elle ne donne que des idées générales et aucune directive propre à chaque spécialité médicale.
Il y est précisé que le protocole, la réalisation et l’interprétation des résultats doivent être confiés à des spécialistes de la question pour garantir une évaluation adaptée aux exigences du marquage CE.
La biocompatibilité englobe toutes les réponses de l’organisme à la mise en place d’un biomatériau.
Elle ne peut pas être évaluée par un test unique, qui ne permettrait au mieux que l’évaluation d’une seule de ses facettes. Il faut donc effectuer un ensemble de tests distincts.

Tout dépend du niveau de risque

Il faut d’abord déterminer les tests à effectuer en fonction de la classe du DM qui dépend du niveau de risque. Ce classement prend en compte :
– le caractère invasif ou non et le type d’invasivité(DM en contact avec une surface ; DM communiquant avec l’extérieur ; DM implantable),
– la durée d’utilisation (limitée : ≤ 24 heures ; prolongée: > 24 heures et jusqu’à 30 jours ; permanente: > 30 jours),la possibilité ou non de réutilisation, la visée thérapeutique ou diagnostique
– la partie du corps en contact avec le DM.

La classe est déterminée par le fabricant en fonction de la revendication et des règles de classification du règlement.
Plus le DM est invasif et son temps d’exposition élevé, plus le nombre de tests à effectuer est important.
Ces tests comprennent l’évaluation de la cytotoxicité, la sensibilisation, l’irritation, la toxicité systémique aigüe, la toxicité subchronique à chronique, la génotoxicité, l’implantation et l’hémocompatibilité.

Les trois essais incontournables

Les 3 types de test requis a minima sont les tests de cytotoxicité, de sensibilisation et de tolérance locale (irritation). Cependant, chacune de ces questionspeut être évaluée par des protocoles différents en fonction du type de DM.
Dans l’essai de cytotoxicité (ISO 10993-5), le DM est mis en contact avec les cellules cibles, dont on évalue ensuite la viabilité. Il faut se poser trois questions pour juger de la validité du test de cytotoxicité: Quelles cellules cibles choisir ? Quel critère choisir pour évaluer la viabilité cellulaire ? Le mode de mise en contact du matériau avec les cellules est-il adapté ?
Pour l’essai de sensibilisation (ISO 10993-10), le test de référence est le Guinea Pig Maximization Test (GPMT) réalisé sur des cobayes. Un autre test utilisé pour évaluer la sensibilisation est le test de Buehler, également effectué sur des cobayes. Cependant, ce dernier est limité aux DM uniquement appliqués sur une peau saine. Le troisième test est le test du LLNA (Local Lymph Node Assay) qui, malgré sa réalisation sur des souris, est considéré comme un test alternatif puisqu’entrant dans le cadre de la règle des 3R de l’éthique animale. Ce dernier test est cependant limité aux DM ne nécessitant pas une préparation sous forme d’extraits, tel que défini par la norme ISO 10993-12.
Quant à l’essai de tolérance locale ou d’irritation (ISO 10993-10), la majorité des tests sont effectués chez le lapin, soit par contact direct avec la peau, soit après injection intradermique pour les implants. Cependant, il est important d’adapter le test au site de traitement du dispositif chez le patient, tel que défini dans les conditions normales d’emploi. Il pourra donc être pertinent de choisir de le réaliser sur une muqueuse (jugale, vaginale, rectale ou pénienne) ou sur les yeux.
En conclusion, chaque dispositif médical étant un cas particulier, il est indispensable de prendre en compte son mode d’utilisation afin de réaliser les tests adaptés. Si les normes sont un guide listant les tests possibles à effectuer, il est recommandé de s’appuyer sur l’avis de spécialistes pour déterminer les tests à réaliser, pour définir les protocoles expérimentaux adaptés permettant de couvrir le risque et pour déterminer le mode de préparation du dispositif avant son administration.
Il est également important de rappeler que l’évaluation de la conformité d’un DM doit s’inscrire dans un processus global incluant une caractérisation chimique, une analyse de risque et une évaluation de sa biocompatibilité.

Séverine Colas, responsable du département Dispositifs médicaux et directeur d’études chez Phycher

 

 

 

 

 

 

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